“La Mémoire des vaincus,” by Michel Ragon: Extract from Chapter 1, ‘La petite fille dans la charrette aux poissons’ (The little girl in the fishmongers’ wagon); version originale followed by translation and afterward

Like what you’re reading on the Maison de Traduction? Next month, Paul travels to Paris to attend a translation festival, attempt to meet with Michel Ragon, and get vital dental and medical care. Please support this voyage by making a donation via PayPal. You can designate your PayPal donation in $ or Euros to paulbenitzak@gmail.com . Or write us at that address to find out how to donate by check. For context to the excerpt below, we suggest reading our excerpt from the Prologue first if you’ve not already. The subtitle for this chapter is “(1899 -1917)”; the segment is set in 1911.

“Mais moi, je suis un pauvre bougre ! Pour nous autres, c’est malheur dans ce monde et dans l’autre, et sûr, quand nous arriverons au ciel, c’est nous qui devrons faire marcher le tonnerre.”

— Georg Büchner, “Woyzeck.”

Tous les matins, le froid réveillait l’enfant à l’aube. Bien avant que ne s’éteignent les réverbères, dans la pâle lumière grise, il s’ébrouait en quittant l’encoignure où il avait dormi, toujours au même endroit, dans une ruelle qui longeait l’église Saint-Eustache. Il s’étirait comme un chat, se secouait les puces, et comme un chat partait à la recherche de quelque nourriture, au pif, à l’odeur. Les Halles se réveillant en même temps que lui, il ne tardait pas à découvrir quelque chose de chaud. Les marchandes de volailles n’ouvraient pas leurs étals avant d’avoir discuté autour d’un bol de bouillon. L’enfant recevait sa part. Puis il s’éloignait en sautillant, jouant à cloche-pied entre les baladeuses chargées d’un amas de victuailles. Tous les vendredis, il remontait la rue des Petits-Carreaux, allant à la rencontre des charrettes de poissonniers qui arrivaient de Dieppe. Il aimait cette odeur d’algues et d’écailles qui déferlait vers le centre de Paris. La mer, cette mer qu’il n’avait jamais vue et qu’il imaginait comme une inondation terrible, se frayait un chemin à travers la campagne et descendait des hauteurs de Montmartre. On entendait les charrettes de très loin, dans un grondement de tonnerre. Les roues cerclées de métal faisaient sur les pavées un vacarme du diable. Auquel s’ajoutait le cliquetis des fers des chevaux. Engourdis dans les voitures par leur long voyage, les poissonniers sommeillaient, enveloppées dans leurs lourdes houppelandes, tenant machinalement les guides. Les chevaux connaissaient leur chemin. Lorsque les premiers attelages arrivaient sous les pavillions de fer, il se produisait alors un embouteillage et le crissement des freins remontait en un grincement aigu jusqu’au faubourg Poissonnière. Les charretiers se réveillaient brusquement, s’invectivaient, se dressaient sur leur siège. Il fallait attendre que les premiers déchargent leurs marchandises. Les chevaux piaffaient, tapaient du pied. La plupart des hommes descendaient de voiture et allaient boire un petit verre de goutte dans les bistrots qui ouvraient leurs volets.

Ce vendredi-là, à l’arrière d’une des charrettes se tenait assise une petite fille. Ses jambes et ses pieds nus se balançaient et le garçon ne remarquait plus que cette peau blanche. Il s’approcha. La petite fille, la tété penchée, le visage caché par ses cheveux blonds embroussaillés qui lui retombaient sur les yeux, ne le voyait pas. Lui, de toute manière, ne regardait que ces jambes dodues, qui se balançaient. Lorsqu’il fut tout près, il entendit que la petite fille chantonnait une comptine. Il avança la main, toucha l’un des mollets.

— Bas les pattes ! A-t-on idée !

Alors il aperçu son visage, une figure chiffonnée, avec des yeux bleus. Il savait que la mer était bleue. La petite fille venait de la mer. Elle sentait d’ailleurs très fort le poisson, ou bien cela venait de la charrette. Pour en avoir le cœur net il mit le nez sur l’une des jambes blanches.

Elle se débattit.

— Veux-tu pas renifler comme ça. D’abord, d’où sors-tu ?

Il montra le bas de la rue, d’un air vague.

— On est arrivés, dit la petite fille. C’est pas trop tôt.

Elle sauta de la charrette. Le garçon était beaucoup plus grand qu’elle.

— Moi j’ai douze ans, dit-il, et toi ?

— Onze.

— Tu es bien petite.

— C’est toi qui es grand. Quel échalas ! On dirait un hareng saur.

La file de véhicules s’immobilisait. Hommes et femmes de la marée, tous étaient descendus dans les bistrots où on les entendait discuter bruyamment. La petite fille s’assura que personne ne restait dans sa carriole, revint vers le garçon qui demeurait planté là, à la regarder, lui prit la main et l’entraîna, en courant très vite.

— J’ai ai marre de ces péquinots, dit-elle lorsqu’ils s’arrêtèrent près de la rue de Richelieu. On va faire la vie tous les deux. Tu t’appelles comment ?

— Fred.

— Moi, c’est Flora. Tu crèches chez tes père et mère ?

— Non. Je me débrouille dans la rue. Mes vieux sont morts et enterrés.

— T’as de la chance. Les miens vont me courir après, si t’es pas assez malin pour me cacher. Me font trimer comme une bête. J’en ai ma claque. Fais gaffe, ils sont méchants. Si jamais ils voient que tu m’as enlevée, qu’est que tu vas dérouiller !

— Mais je ne t’ai pas enlevée !

— Si, tu m’as reniflé les jambes.

— C’était pour voir si tu sentais le poisson.

— Ça commence comme ça, et après on fait la vie.

Ils bifurquèrent dans les jardins du Palais-Royal. Flora s’émerveilla devant les jets d’eau des bassins.

— La mer, c’est comment ? demanda Fred.

— Dégueulasse. Ça bouge tout le temps. C’est de l’eau pleine de sel et d’un tas de saloperies. C’est froid, c’est méchant, ça coule les bateaux des pauvres pêcheurs. De temps en temps, ça ouvre une gueule énorme et ça se met à mordre les remblais. On dirait qu’elle va avaler les maisons, sur le quai. Elle cogne, elle hurle. J’espère bien ne plus jamais voir cette mauvaiseté.

— Ici aussi, dit Fred, dans les villes la mer remonte parfois de partout et s’étale. L’an dernier, Paris a bien failli se noyer et tous les Parigots avec. La mer vient de très loin, rentrée dans les caves, déborde. Les rats courent dans les rues, comme des fous, suivis par cette montée des eaux qui leur colle aux fesses. Les rues disparaissent. Il n’y a plus que des rivières. On construit des ponts de planches. On entend de temps en temps comme des coups de canon ; les fenêtres des rez-de-chausée explosent. L’eau déferle dans les maisons, soulève les plaques de fonte des égouts. Paris sent la boue, le cimetière, la brume. Tous les bas quartiers s’effacent. Puis la flotte finis par s’étaler, avec seulement un bruit de clapotis. On dirait qu’elle est contente, l’eau, d’avoir fait un tel bordel. C’est comme ça que je vois la mer. On m’a raconté autrefois des histoires où l’on disait qu’au fond de l’Océan se trouvent des villes englouties et qu’on entend même sonner les cloches des églises.

— Mais non, c’est pas ça du tout. La mer, je te dis, c’est une belle saloperie.

Ils s’étaient assis dans des chaises de fer, près du grand bassin. De nouveau, Flora, vêtu d’une robe courte, en vieux lainage marron, balançait ses jambes nues.

— Y a pas à dire, ce que tu peux sentir le poisson, c’est pas Dieu possible. Les chats ne te courent pas après?

Flora haussa ses épaules menues. Elle se mordait les doigts.

C’est à ce moment qu’arriva sur eux, soufflant comme un bouledogue, un gardien en uniforme. Ils n’eurent que le temps de sauter des chaises pour éviter les gifles.

— Dehors, guenilleux, vermine !

Ils coururent vers la Comédie-Française, en se tenant par la main. Arrivés rue de Rivoli, leurs défroques détonnèrent dans ce quartier chic. Fred, coiffé d’une casquette, portait un vieux costume gris. Ses godillots achevaient de lui donner un air d’apprenti en vadrouille. Très grand, d’apparence plus vieux que son âge, il aurait pu passer inaperçu dans les beaux quartiers. Mais Flora, avec sa robe trop courte, ses jambes et surtout ses pieds nus, ressemblait à l’une des Deux Orphelines. A tel point qu’une dame cossue crut de son devoir de lui faire l’aumône.

— Qu’est-ce qu’elle t’a refilé ?

Flora montra la piécette, dans le creux de sa main.

— Chouette, on va se payer des petits pains.

Depuis les grandes inondations de Paris, en 1910, Fred vivait dans la rue. Son père, terrassier dans les tranchées du métro, était mort de tuberculose peu de temps auparavant et la mère suivit, emportée par la contagion. L’enfant fut recueilli par des cousins qui supportaient mal cette charge. Fred profita de l’affolement consécutif à la montée des eaux pour déguerpir. Comme ses parents adoptifs ne cessaient de redouter qu’il « parte aussi de la poitrine » et que « ce qu’il lui faudrait c’est le grand air », il n’avait plus jamais dormi sous un toit depuis sa fugue. Dans le quartier des Halles, les vagabonds de son acabit abondaient. De tous les âges. De tous les genres. Du clodo traditionnel à l’artiste bohème, de la putain de dernière classe à la Folle de Chaillot. Autour des pavillons de Baltard grouillait une faune nocturne qui se nourrissait des déchets du grand marché de gros. Chacun s’appropriait une zone, dormait dans un coin. Chacun défendait vigoureusement son territoire. Mais qui observait scrupuleusement les règles tacites de la cloche n’avait pas d’ennuis. L’enfant apprit, dans ce cloaque, toutes les techniques de la survie. Il appris à ne dormir que d’un œil, l’esprit en alerte, toujours sur le qui-vive. Ill apprit à se sustenter de peu, à ne boire que lorsque l’occasion se présentait. Il apprit à esquiver les coups. Il apprit la méfiance, la ruse. Toutes choses qui devaient plus tard, dans maintes situations difficiles, lui permettre d’éviter les chausse-trappes.

Toute la journée, Fred et Flora s’amusèrent à galoper dans les rues. Mais lorsque vint le soir, Fred se trouva désemparé. Flora refusait évidemment de s’approcher du quartier des Halles, où l’on risquait de la reconnaître. Or, sorti des Halles, Fred se sentait perdu. Il avait l’impression que, depuis l’aube, il avait parcouru des lieux fantastiques, mais il ne lui serait jamais venu à à l’idée qu’il puisse ne pas retrouver pour la nuit sa ruelle de Saint-Eustache. Il lui paraissait de même impensable d’abandonner Flora. Ce dilemme les conduisit à contourner le centre de la ville jusqu’aux faubourgs populaires de l’Est, où ils furent tout étonner d’arriver soudain dans une sorte de campagne. Des petites maisons entourées de jardins, des hangars, des ateliers d’artisans. La nuit les surprit dans cet environnement qui leur sembla hostile. Ils avaient faim. Fred n’osait se l’avouer, mais il appréhendait de s’être perdu.

— Alors, les amoureux, on musarde ?

Fred et Flora s’apprêtaient à fuir en entendant cette voix qui sortait de l’ombre. Mais lorsqu’ils discernèrent la silhouette de la personne qui les interpellait, ils se rassurèrent. Il s’agissai d’une toute jeune femme, qui pouvait avoir seize ans, vêtue d’un sarrau noir d’écolière. Ses cheveux courts, séparés par une raie en deux bandeaux, son col marin bien blanc qui éclairait la blouse, sa frimousse espiègle, inspirèrent aussitôt confiance aux deux enfants.

— Je ne vous ai jamais vus dans le quartier. Où donc restez-vous ?

Et comme les deux enfants ne savaient que répondre, elle eut un geste, pour s’excuser :

— Vous direz que je suis bien curieuse et que ça ne me regarde pas. Vous aurez bien raison. Je disait ça comme ça, pour parler. Histoire de vous dire bonjour, quoi ! Allez, bonne nuit.

— Ne partez pas, dit Fred. Je crois bien qu’on s’est égarés. C’est la campagne, ici, ou quoi ?

— C’est Belleville. Une pas très belle ville. Une pas très belle campagne. Belleville, c’est nulle part. C’est pourquoi on y est bien. Mais, je suis bête, peut-être avez-vous faim ?

— Oui, dit Flora.

— Alors, venez.

La jeune femme ouvrit un portail de fer, les fit passer dans le jardinet et ils montèrent, par un escalier de bois, dans un petit logement où un homme, debout devant une table, lisait attentivement de grandes feuilles de papier journal. Lui aussi paraissait très jeune, vint ans tout au plus. Il était vêtu d’une curieuse blouse en flanelle blanche, bordée de soie mauve. Ses yeux noirs examinèrent les deux enfants.

— C’est Victor, dit la jeune femme. Moi je m’appelle Rirette.

— Moi je suis Fred, elle c’est Flora.

— Eh bien, Fred, et bien, Flora, vous aurez un peu de pain et de fromage. Victor et moi nous ne vous interrogerons sur rien. Si vous ne savez pas où dormir, il y a une cabane au fond du jardin. Si notre tête ne vous revient pas, le portail ne ferme jamais a clef.

La destinée des êtres tient à peu de chose. Ou plutôt, il se produit parfois un enchaînement de circonstances qui vous amène à votre heure de vérité. Ainsi des jambes blanches de Flora, balancées au bord de la charrette, de la fascination qu’elles exercèrent sur Fred, de la fugue de la petite fille qui s’ensuivit, de leur impossibilité de retourner aux Halles de la rencontre impromptue qu’ils firent à Belleville de Rirette Maîtrejean et de Victor Kibaltchich. A partir de là commencent vraiment les aventures d’Alfred Barthélemy.

Translation by Paul Ben-Itzak:  

“But as for me, I’m just a poor sap! For us others, it’s nothing but misfortune in this world and the one beyond, and of course, when we get to Heaven, it’s we who must make the thunder-claps work.”

— Georg Büchner, “Woyzeck.”

Every morning the cold awoke the boy at dawn. Long before the street-lanterns dimmed, in the pale gray light he shook off the dust and grime of his hovel at the end of a narrow alley flanking the Saint-Eustache church.* Stretching out his limbs like a feline he flicked off the fleas and, like a cat, took off in search of nourishment, his nose following the aromas wafting down the street. With Les Halles wholesale market coming to life at the same time as him, it wouldn’t take long to score something hot. The poultry merchants never opened their stalls before they’d debated over a bowl of scalding-hot bouillon. The boy always received his portion. Then he’d skip off, hop-scotching between the trailers loaded with heaps of victuals. Every Friday he’d walk up the rue des Petits-Carreaux to meet the fishmongers’ wagons arriving from Dieppe, compelled by the pungent aroma of seaweed and fish-scales surging towards the center of Paris. The sea — this sea which he’d never seen and which in his mind had assumed the outsized dimensions of a catastrophic inundation — cut a swathe through the countryside before it descended from the heights of Montmartre. He could hear the carts coming from far away, like the rolling of thunder-claps. The churning of the metal wagon wheels stirred up a racket fit to raise the dead, augmented by the clippety-clop of the horseshoes. Numbed by the long voyage, stuffed into their thick overcoats, the fishmongers dozed in their wagons, machinally hanging onto the reigns. The horses knew the way by heart. When the first carriages hit the skeletal iron pavilions of the market, the resultant traffic jam and grating of the brakes remounted in a grinding, piercing crescendo that reverberated past the city center gates all the way back up to the outskirts of the Poissonnière** quartier. The drivers abruptly started awake, cursed, and righted themselves in their seats. Those farther back had to wait until the first arrivals unloaded their merchandise. The horses pawed the ground and stamped their feet. The majority of the men jumped off their carts to go have a little nip in the bistros just raising their shutters.

On this particular Friday, at the rear of one of the chariots sat a small girl. Her naked legs and bare feet dangled off the edge of the cart, and the boy, fascinated by this patch of white flesh, approached the wagon. The girl, her head hanging, her face hidden by a cascade of blonde curls which fell over her eyes, didn’t notice him at first. As for the boy, he only had eyes for those plump gams poised on the precipice of the chariot. By the time he was almost on top of them, he could hear the girl singing out a rhymed ditty. He advanced his hand, touching one of her calves.

“Eh! Lower the mitts! Why, the nerve!”

At this point the boy got his first glimpse of her face, a drawn visage with blue eyes. He knew that the sea was blue. The small girl hailed from the sea. Now that he thought of it, she reeked of fish, unless the smell was coming from the cart. Strictly for purposes of verification, he held his nose up against one of the white legs and sniffed.

She put up a fight.

“Would you mind not snorting like that? In the first place, where on Earth did you come from?”

He pointed down the street with a vague air.

“We’re here,” responded the girl. “It’s about time.”

She jumped off the wagon. The boy towered over her.

“I’m 12 years old,” he declared. “And you?”

“11.”

“You sure are tiny.”

“You’re the one who’s tall. What a bean-stalk! You’re as skinny as a kipper.”

The line of wagons had grounded to a halt. The men and women had emerged from this tide and floated down to the bistros, from which emanated the hubbub of their boisterous kibitzing. The girl verified that everyone had already abandoned her cart, returned to the boy still planted in front of the wagon gawking at her, took his hand and hauled him off in a trot.

“I’ve had it with these hillbillies,” she declared when they finally stopped to rest, close to the rue de Richelieu. How’s about we elope and get hitched?! What’s your moniker anyway?

“Fred.”

“Mine’s Flora. You crash with your ma and pa?”

“Nope. I manage to get by on the streets. My old man and mom are dead and buried.”

“You’re lucky. Mine are going to come looking for me if you’re not clever enough to hide me. They work me like an ox, and I’ve had it up to here. Watch out — they’re dangerous. If they ever find out that you’ve kidnapped me, they’ll carve you up into little pieces!”

“But I never kidnapped you!”

“You sniffed my legs.”

“I just wanted to find out if you smelled like fish.”

“That’s how it always starts. Then before you know it, you’re hitched.”

They turned off into the gardens of the Palais Royal. Flora’s eyes widened at the sight of the water shooting up out of the fountains.

“What’s the sea like anyway?” asked Fred.

“Disgusting. It never stops moving. It’s full of salt and all kinds of yucky stuff. It’s freezing cold, it’s mean — it sinks the boats of miserable fishermen. Sometimes it opens up its huge mouth and bites all the way to the shore, like it’s going to swallow up the houses along the docks. It hammers, it howls. I’ll be quite content if I never see its stinking hide again.”

“Here, too,” Fred answered, “sometimes the sea rises up from all sides and then it spreads out. Last year Paris just about drowned — and all the Parigots with it. The sea came from far away, crept up into the basements, and then just plain overflowed. Rats were scurrying down the streets like madmen, with the water nipping at their butts. Entire blocks simply vanished, overrun by rivers. They put up bridges made of nothing but planks of wood. Sometimes it sounded just like canons — the ground-floor windows exploding. The water poured into the houses, even pushing up the sewer grills. Paris smelled like mud, cemeteries, fog. All the lower neighborhoods were wiped out. Only then did the flood thin out, leaving behind it just the sound of the waves — as if the sea was quite content with itself for the mess it had made. This is how I think of the sea. They used to tell me stories about entire drowned villages sunk to the bottom of the ocean where the church bells still rang.”

“It’s not like that at all! I told you, the sea is like one huge garbage dump.”

They were sitting in metal chairs on the rim of the big fountain, with Flora once again swinging her naked legs from her short, worn, chestnut-colored cotton skirt.

“There’s no doubt about it,” Fred declared. “It’s incredible how much you smell like fish. Cats don’t follow you down the street?”

Flora shrugged her slight shoulders and bit her nails.

Just then a uniformed guard seemed to sprout up from nowhere, huffing and puffing like a bulldog. They barely had time to jump out of their chairs to avoid being struck.

“Scram, you little good-for-nothings! Vermin!”

The pair skedaddled towards the Comédie-Française, hand in hand. When they got to the rue de Rivoli, their ragged clothing jarred with the chic surroundings. Fred, coiffed with a cap, wore an old grey suit. These together with his oversized combat boots leant him the air of a wandering apprentice. Uncommonly tall and looking older than he actually was, he might have passed unnoticed in the high-class neighborhoods. But Flora, with her skirt just a little too short, her naked legs, and above all her bare feet, resembled one of “The Two Orphans.”*** So much so that a well-to-do lady took pity on her and handed her some money.

“What did she give you?”

Flora opened the hollow of her hand and showed him the coin.

“Formidable! I think we just might treat ourselves to some breakfast rolls.”

Ever since the Great Paris Flood of 1910, Fred had been living on the streets. His father, a laborer in the Metro tunnels, died of tuberculosis shortly before the flood and his mother followed not long after, swept away by the epidemic. The child was taken in by relatives who weren’t crazy about the idea. Fred took advantage of the general bedlam that followed the surging tides to decamp. With his adoptive parents assuming that he would “depart this Earth via his chest” and that “what he needs most is fresh air,” he’d not had a roof over his head since running away. In the quartier of Les Halles, vagabonds of his stripe abounded. Of all ages. Of all types. From the run-of-the-mill hobo to the Bohemian artist, from the lowest of whores to the Madwoman of Chaillot. Around the iron Baltard pavilions which housed the market swarmed a nocturnal fauna which nourished itself on the refuse of the great wholesale market. Each appropriated himself his own zone, sleeping in his own particular corner. Each vigorously defended his territory. But he who scrupulously heeded the tacit rules of hobo-dom had nothing to worry about. In this veritable cesspool, the child acquired all the tools of survival. He learned how to sleep with one eye open, his mind alert, ready for anything. He learned how to get by on very little, on drinking only when the opportunity presented itself. He learned how to duck and dodge blows. He learned to be suspicious and to be wily. All tools which in later life would enable him to circumvent many a roadblock and pitfall.

All day long Fred and Flora amused themselves by galloping about the streets of Paris. But by the time night arrived, Fred was ready to quit. Flora obviously refused to return to Les Halles, where they might be recognized. Yet outside of his quartier, Fred felt lost. He had the impression that since dawn he’d discovered some fantastic places, but he’d never for a single instant considered the possibility that at night-time he might not be able to return to his niche near Saint-Eustache. At the same time, it was unthinkable for him to abandon Flora. This dilemma lead them to continue skirting the city center until they’d winded all the way up to the working-class neighborhoods of the east of Paris, where they were startled to find themselves suddenly in the midst of a sort of countryside, with cottages surrounded by gardens, hangers, and craftsmen’s workshops. Night came upon them all at once in this setting, which felt menacing. They were starving. Fred didn’t want to admit it, but he was lost.

“Peek-a-boo, young lovers! Just lazing around?”

Fred and Flora prepared to flee when this voice spoke to them from out of the shadows. But once they’d made out the silhouette of their interlocutor, they were re-assured. It belonged to a very young woman, perhaps 16, dressed in a black school-girl’s smock. Her short hair, parted in the middle, the white sailor’s collar which highlighted her blouse, her mischievous, charming little face, immediately inspired the confidence of the two children.

“I’ve never seen you two around here before. Where are you staying?”

And, as the two children seemed tongue-tied, by way of excusing herself she added:

“You probably think I’m being a buddinsky about things that are none of my business. And you’re right. I was just trying to shoot the breeze — my way of saying howdy! Anyways, good night.”

“Wait, don’t leave!” Fred implored her. “I think we’re lost. Are we in the country, or what?”

“You are in Belleville. A not very beautiful ville.**** Belleville is the boonies. And that’s exactly what we love about it. But I’m a dolt — maybe you’re hungry?”

“Yes,” answered Flora.

“In that case, come along.”

The young woman opened up an iron gate, lead them through a garden, and they climbed up, via a set of wooden stairs, to a modest lodging where a young man stood before a table attentively reading large sheets of newspaper paper. He also appeared to be very young — 20 at the most. He was dressed in a peculiar white flannel shirt with mauve silk fringes. His black eyes studied the two children.

“This is Victor,” said the young woman. “I’m Rirette.”

“I’m Fred, and this is Flora.”

“Well, Fred, well, Flora, you’ll have some bread and a little cheese. Victor and I won’t ask you any questions. If you have no place to sleep, there’s a shack at the rear of the garden. If you decide not to stay — if you don’t like our mugs — the gate is never locked.”

Fate often hangs on very little. Or rather, it is sometimes linked to a chain of events which deliver you to your own moment of truth. Thus Flora’s white legs, dangling innocently from the edge of a fishmonger’s wagon, Fred’s fascination with them, the girl’s flight which followed, and the impossibility of returning to Les Halles all impelled Fred and Flora towards Belleville and the impromptu encounter with Rirette Maîtrejean and Victor Kibaltchich. And thus began the real adventures of Alfred Barthélemy.

***

By way of context and as a preview of things to come in Michel Ragon’s “La Mémoire des vaincus”:

Long before Fred and Flora arrived there in 1911, Belleville, the last outpost of the 1871 Paris Commune uprising, had become a refuge for both the Utopian and violent strains of the anarchists who succeeded the Communards, the most notorious of whom were the members of the Bonnot Gang — holed up, in real life and in the novel, with Rirette Maîtrejean and Victor Kibaltchich, publishers of an anarchist newspaper and advocates of the non-violent approach. (The real-life Kibaltchich would later assume the nom de plume of Victor Serge. And, like Fred in the novel, would eventually turn against the Bolsheviks and barely escape with his life.) In Ragon’s novel, before most of the gang, taken in by Rirette and Victor at the same time as Fred and Flora, are eliminated by the authorities — and Victor sent to prison for complicity, as was the case in real life — one of the gang takes Fred to Paul Delesalle’s anarchist bookstore on the rue Monsieur-le-Prince, effectively handing him over to his next foster parent and mentor. There Fred discovers Victor Hugo and learns Russian, both events critical for the adventures which follow and place him in the heart of the Bolshevik revolution and succeeding 20th century class struggles.

If I’ve chosen to end my sample here, it’s also because of the juxtaposition provided: Fleeing the sea and its ‘saloperies’ and menaces, Fred and Flora find higher ground in Belleville, whose Abbeys and their wells once irrigated lower Paris.

* A church in whose choir another waif once sang, under the direction of Charles Gounod, who would regret that his pupil with the voice of an angel chose painting over music: Auguste Renoir. The choice of location is not anodyne for Ragon, who cut his own literary chops as an art critic.

** Lit.: “Fishmonger.”

*** “Les Deux Orphelines” (The Two Orphans) was a five-act drama by Adolphe d’Ennery and Eugène Cormon which opened on January 20, 1874, at the théâtre de la Porte-Saint-Martin on the Grands Boulevards, and which the authors later adopted as a serial novel published in the newspaper La Nation in 1892 and in its entirety by Rouff in 1894. That Michel  Ragon, writing in 1990, would be able to ferret out this popular reference from 1911 is yet another sign of his vast erudition.

**** In French, “belle” means “beautiful,” while “ville” means “city.”

Excerpt from “La Mémoire des vaincus,” by Michel Ragon. Copyright Éditions Albin Michel S.A., 1990.

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